mercredi 17 janvier 2018

Mauricette veut couler Aquazolla !

Depuis quelques semaines, c'est Mauricette qui dirige le département « Conditionnement et expéditions » chez Aquazolla.
Avec 385 personnes sous ses ordres (dont 384 aselles), je pensais que cela lui ferait du bien.

En effet, Mauricette est assez morose depuis quelque temps.
Une situation de relative jachère sexuelle, en grande partie due à l'âge avancé de son principal partenaire officiel, un physique particulier et la nouvelle de la disparition brutale de Mike Brant (elle n'a pas Twitter) l'ont profondément affectée.

Donc, paf ! Mauricette se voit attribuer les responsabilités dont elle rêvait, histoire de la requinquer.
Mais, allez savoir pourquoi, est-ce la misère affective, le besoin de reconnaissance, la baisse du taux de gras dans le sang... toujours est-il qu'il faut bien en convenir : elle a failli couler notre belle multinationale de la bestiole et de l'aquariophilie naturelle, j'ai nommé Aquazolla International Corp.



Un contrôle de gestion rigoureux a révélé que les réserves de bestioles ont inexplicablement baissé depuis son affectation.

Tous ceux qui ont passé une commande ces dernières semaines ont pu le constater : ils ont systématiquement reçu des cadeaux dans leur colis. Et vas-y que je te rajoute des escargots en plus, un sachet de daphnies à l’œil, des aselles en rab, etc.

Une rapide enquête interne a été diligentée et ne laisse plus aucune place au doute : des traces de poils abondants ont été retrouvées sur les sachets en question, signature incontestable... il s'agit bien du poil d'hiver de la suspecte, dru et sombre.
Mauricette a failli.

Dilapidant joyeusement les ressources d'Aquazolla International World Global Corp. , Mauricette a commis l'irréparable.
Les conséquences sont claires : nous ne pourrons probablement pas racheter Google en 2018, ce qui retarde d'autant notre conquête du monde.

Nous sommes désolés de ce désagrément et implorons notre clientèle de pardonner cette générosité coupable. Les sachets de 16 aselles au lieu de 10, les daphnies en rab gratos...
On a honte, mais honte !...
Mauricette a promis de se soigner. Elle est actuellement sous traitement.

En même temps, c'est pas comme si elle avait collé de la salmonelle dans du lait en poudre, mais bon... Faut rien laisser passer !


Et d'un autre côté, si je la mets à la compta, ça va être pire...

samedi 6 janvier 2018

Conventionnel, bio ou permaculture aquatique ?

Je lis de nombreux sites et articles sur l'aquariophilie naturelle. J'y découvre beaucoup de choses qui m'étonnent.
Lors d'une visite récente dans une boutique spécialisée, j'ai pu voir combien l'aquarium naturel est à la mode. Incroyable ce que le marketing a pu inventer d'encore plus cher et compliqué qu'avant !
J'ai vu des gammes de produits miracles magnifiquement dégradés en couleurs, sortis de je ne sais quelles usines, des aquariums adaptés, trois fois plus chers que les autres, etc.
Comment le fait d'abandonner la technologie pour laisser faire la nature peut donc coûter si cher et faire fonctionner autant les usines ?
Par quelle perversité intellectuelle le retour au naturel peut-il profiter à ce point à l'industrie ?
Notre combat est-il donc un échec ?
Dois-je en tirer toutes les conclusions en me suicidant, par exemple en embrassant Mauricette au réveil avec la langue ?
Tout est-il donc perdu ?
Le joli projet d'Aquazolla.com, dans mon petit Parc Naturel, est-il donc voué à l'échec face à l'industrie triomphante et fumante ?

Et là, je m'aperçois qu'il y a finalement un très profond malentendu. Le même malentendu qu'on constate avec l'agriculture bio, dont on est parfois surpris de voir qu'elle n'a souvent rien d'aussi « naturel » que nous l'imaginions, surtout lorsqu'elle produit en masse.

Revenons donc aux fondamentaux.

L'agriculture conventionnelle, comme l'aquariophilie traditionnelle, s'appuient sur l'ingénieur pour maîtriser tous les facteurs et paramètres. Elles simplifient le système.à l'extrême pour ne plus dépendre de l'imprévisible nature. On instaure donc la monoculture, en ne cultivant qu'une seule espèce (que du blé, ou que des poissons), on mesure quelques paramètres physico-chimiques (azote, potasse, pH, KH, etc.) et on met le système en équations. Lorsqu'un problème se présente, on trouve un antidote chimique pour l'éliminer (pesticide, conditionneur d'eau, anti-algues...).
C'est le royaume de l'ingénieur, de l'industrie, du marketing et du commerce.
Ainsi, l'aquariophile traditionnel mesure les paramètres de son eau, suit les conseils du vendeur, et utilise des produits pour corriger les problèmes créés par le produit précédent. Chaque algue doit être éliminée, chaque escargot, chaque bestiole : l'aquarium doit être un champ de poissons à perte de vue, sans rien d'autre. Ces systèmes sont fragiles, car si pauvres en espèces variées qu'un ravageur ou une maladie a le champ libre pour proliférer.


L'agriculture bio vient modifier ces pratiques en considérant les produits chimiques de synthèse comme des poisons, et en les bannissant. Elle remplace donc chaque produit par une solution biologique : produit naturel, insecte prédateur, parasite spécifique d'un ravageur, etc.
Il s'agit toujours d'avoir des champs en monoculture (que du blé), de maîtriser tous les paramètres, mais chaque produit chimique est remplacé par un équivalent naturel. Il faut un peu plus de travail, mais on obtient des produits non couverts de résidus chimiques et on n'a pas empoisonné l'environnement. On change donc les moyens utilisés, mais pas la logique qui reste une lutte contre les phénomènes naturels contrariants.

Venons-en à la permaculture, qui s'applique autant à l'agriculture qu'à l'urbanisme, l'architecture, etc.
En ce qui concerne les pratiques agricoles (et que j'applique personnellement à l'aquariophilie), il s'agit de s'inspirer au plus près de la nature elle-même.
L'idée principale est qu'un système où la biodiversité est maximale est nécessairement résilient. Aucune espèce ne peut proliférer à l'excès dans un système hyper-complexe. Quand, par exemple, les limaces pullulent, on ne met pas de granulés anti-limaces, comme en agriculture conventionnelle. Mais on ne met pas non plus de bactéries tueuses de limaces, comme en bio. On va plutôt augmenter encore plus la biodiversité, car l'excès de limaces prouve qu'il manque des espèces. Pas de monoculture : les espèces cultivées sont mélangées. Davantage d'espèces dans ou sur la terre : on couvre le sol avec de la paille pour abriter plus de bestioles. On fractionne au maximum le terrain pour créer des interfaces : potager, buttes, mini-mares...

Par ces méthodes, on a des parasites en permanence, mais jamais en excès. Les premiers pucerons de l'année ne créent pas la panique, mais sont les bienvenus : ils vont servir de base à tout l'écosystème en nourrissant tout le monde. Un peu comme nos ostracodes... Et ils maintiendront les végétaux en bonne santé en mobilisant leurs défenses.
On ne combat plus les phénomènes naturels, mais on les encourage, on les multiplie, pour qu'aucun ne domine les autres.


On a découvert grâce à une étude de l'INRA sur une ferme permacole que ce système demande davantage d'observation, davantage de main d’œuvre, mais produit un rendement très supérieur pour la même surface. Car on crée un écosystème infiniment plus dense en vie.

Mes aquariums contiennent tous des centaines de milliers d'individus de toutes espèces. Si je vois un planaire, des hydres, je laisse faire et je surveille. Quand je vois apparaître un ostracode, une daphnie, un ver inconnu, je me frotte les mains.
Je ne plante pas de jardin à la française, mais j'introduis en vrac des fragments de toutes les plantes possibles, pour que la nature choisisse. Je suis l'observateur, pas le démiurge.
Quand je trouve un peu de cracrapouët au fond d'un de mes poubellariums, j'en mets une pincée dans mes aquariums. Et hop ! Des centaines de micro-organismes en plus dans ma collection, gratos !

Cela donne des bacs à l'aspect authentiquement sauvages puisque chaque espèce se développe, y compris les plantes, selon ses habitudes naturelles.
Ces bacs sont également très stables. Stables, mais changeants, chaque équilibre étant forcément temporaire et cédant la place à un autre dès le lendemain. Mais toujours un équilibre. Jamais un dérèglement du système entier par une seule espèce. Chaque espèce tient les autres en respect, toutes les niches écologiques sont occupées.


La limite du système est que, pour respecter les équilibres naturels, il faudrait n'introduire que très peu de poissons : un simple danio pour 500 à 1000 litres, comme dans la nature ! Car les poissons sont des prédateurs, au sommet de la pyramide alimentaire. Trop nombreux, ils stérilisent totalement le milieu.
Il faut donc faire quelques compromis en élevant, à côté, ses souches de bestioles les plus vite dévorées.

Mais, si l'on va au bout de la logique, on imagine des aquariums grouillants de vie, à l'aspect changeant au fil des mois, avec très peu de poissons voire aucun, et ne nécessitant absolument aucun entretien. Juste de l'observation.

En ce qui me concerne, ces aquariums totalement naturels et sauvages m'ont amené à pratiquer la méditation.
J'ignore ce qui m'a le plus sauvé la vie dans les 10 dernières années si tragiques pour moi, mais avoir un support de méditation m'a assurément beaucoup aidé.

Un aquarium est un moyen rare de voir chez soi la nature totalement à l’œuvre.


L'autre possibilité est, évidemment, d'avoir une Maur... une femme très poilue et à l'hygiène sauvage, mais ce n'est pas donné à tout le monde, hein...

jeudi 4 janvier 2018

Aquarium naturel et biodiversité... de Noël !

Oh ! Il neige dans mon aquarium-naturel-expérimental-de-salon !

Vous savez, celui que je vous ai montré ici et qui me sert à des expériences sordides et démoniaques...
D'ailleurs, pour plus de simplicité, je propose que nous l'appelions désormais « aquarium naturel 90-120-130 », en hommage à Mauricette qui a pas mal forci pendant les fêtes.

Donc, comme je disais, mon aquarium naturel 90-120-130 s'est transformé, pour Noël, en véritable boule à neige.

La photo parle d'elle-même.

Mais, me direz-vous, jeunes Padawan, avec la naïveté qui vous sied tant, comment cela est-ce-t-il possible ?

Deux raisons à ce phénomène.

La première, c'est que le vieux Mattier est toujours pas foutu de faire une photo correctement et que c'est pas vraiment de la neige, mais des petits trucs complètement flous.

La seconde, c'est que ces petits trucs complètement flous, ce sont des myriades de daphnies. Des daphnies très particulières, puisque je n'en possède actuellement aucune de cette espèce.
Il s'agit d'une espèce plus petite que la daphnie pulex, et même, me semble-t-il plus petite encore que la réputée minuscule moina. Mais peut-être me trompé-je, la détermination des espèces de daphnies exigeant l'intervention de gens très spécialisés, dédiant leur vie aux loupes binoculaires, et donc encore plus bizarres que votre serviteur.

J'ai pourtant souhaité, dès le début, que ce bac soit absolument sans daphnies. Mes précautions allaient jusqu'au rincage soigneux des mains avant toute intervention ou contact avec l'eau. On fait une expérience scientifique ou on la fait pas, hein !

Et pourtant, voilà plusieurs mois, quelques individus de cette espèce étaient apparus. Leur présence n'a duré que quelques semaines, et ils n'ont pas semblé trouver leur place dans l'écosystème 90-120-130. L'introduction involontaire des bestioles a forcément dû se faire sous la forme d’œufs de durée (semblables aux cystes des artémias) accrochés sous un ongle au retour d'une de mes ballades près d'une mare du Parc Naturel où je sévis. Je ne vois en effet pas comment un individu vivant aurait pu passer à travers mon faisceau de précautions.

Cela, déjà, en dit très long sur l'intensité de la pression de la vie et de la biodiversité sur tous les milieux. Aucun point d'eau naturel ne peut rester vide longtemps. Les pattes des oiseaux, leurs fientes, les transhumances des crapauds, la poussière apportée par le vent... tout apporte la vie, sous des formes infiniment petites et donc omniprésentes.
Le mythe d'une forme de stérilité ou de maîtrise des espèces, qui est celui de l'aquariophilie traditionnelle (et de l'agriculture conventionnelle) est une fable d'ingénieur. Même l'air environnant contient, on le sait, une grande quantité de bactéries en suspension...
Donc, un peu comme la chauve-souris du sketch de Bigard, une daphnie a réussi un jour à traverser toutes mes barrières et à venir narguer ma suffisance coupable de mec qui croit tout maîtriser, y compris la nature. Leçon d'humilité, hein ?

Mais bon, je les croyais disparues depuis.

Mais là, à Noël, c'est à la faveur de l'apparition d'un petit nuage bactérien en surface que les daphnies ont réapparu. Et, cette fois-ci, elles l'ont fait en nombre. J'en ai des milliers, partout !
Les pionnières avaient dû, à leur tour, truffer le bac d’œufs de durée avant de mourir. Cette forme de vie hibernante, qui attend que les conditions redeviennent favorable, un jour...

Je dis toujours à mes clients de ne jamais jeter l'eau qui a contenu des daphnies quand ils ont perdu leur souche. L'illustration est sous vos yeux : l'infiniment petit est foisonnant, il domine les écosystèmes, leur sert de base.
Vous n'aurez jamais deux bacs, naturels ou pas, deux poubellariums semblables, pour cette raison. Chacun aura son microbiote, sa micro-faune. Cette infinie complexité qu'il est vain de vouloir recenser ou maîtriser. Mieux vaut l'observer et l'accompagner. C'est cela, la clé, le fondement véritable de l'aquariophilie naturelle.

Ces daphnies vont être régulées par les autres espèces et participeront à un nouvel équilibre, à l'état actif ou hibernant... Je n'ai pas de souhait pour leur avenir, je me délecte juste à observer ce petit monde qui ne fait que changer sans cesse.


Cela nous amènera au prochain billet, où nous parlerons de bio et de permaculture.