lundi 29 août 2011

Chikungunya


C'est comme ça que l'on m'appelle désormais dans le quartier.

Mais pourquoi ?

J'ai d'abord cru que c'était à cause de mon copain de Mayotte qui venait jardiner chez moi, faisant rire tout le monde parce qu'il ne connaissait pas les plantes d'ici (jamais vu une noix!) et qu'il voulait planter des manguiers ! Il m'a retaillé mon laurier façon machette, va falloir quelques années pour qu'il repousse !

Non, mais en fait, c'est pas pour ça.

La raison de ce mystérieux surnom vient du fait que mon secret a été découvert.
Mes voisins se sont rendu compte que j'élevais des larves de moustiques secrètement dans le fond de mon jardin. Franchement, j'ignore totalement comment ils ont pu s'en rendre compte !
Pourtant, ça fait pas de bruit, des larves de moustiques...

Et puis, je fais ça pour la bonne cause, Monsieur le Juge, c'est pour nourrir des pauvres poissons naturellement et pour leur éviter de manger de la pâtée-Tetra-proche-de-la-nature-et-proche-des-poissons !

Puisque mon secret est désormais éventé, je vais pouvoir rendre publiques les photos de mon forfait.

Voici à quoi ressemblent des larves de moustique. Nous parlons du moustique piqueur, celui du genre Culex ou des anophèles, par exemple. Rien à voir avec le petit-moustique-qui-pique-pas et qui fait des vers de vase : le chironome plumeux que même son nom, il chatouille !

C'est beau, hein ?
Et puis, surtout, c'est appétissant !

Cette petite proie vivante et aquatique est une des préférées de très nombreux poissons. Elle fait vraiment l'unanimité. Riche en protéines, elle est assez peu grasse, et ses mouvements sont extrêmement attractifs. Selon l'espèce de moustique, elle peut être plus ou moins grosse. Selon son âge, aussi. Par exemple, je récupère souvent les œufs des moustiques du genre Culex pour les placer dans des bacs avec des alevins. Les larves juste écloses sont minuscules et à leur taille.
Pourquoi récolter spécialement les Culex ? Parce que ce sont les seuls à avoir la gentillesse de grouper leurs œufs sous la forme de petites barquettes de 200 flottant sur l'eau, alors que les autres espèces les pondent un par un ! C'est un peu plus pratique à ramasser, vu la taille des trucs !

D'ailleurs, mes voisins ont tort d'avoir peur. En réalité, chaque femelle moustique qui pond dans mes bassines voit sa progéniture dévorée par mes poissons et réduite à néant ! Il vaut donc mieux qu'un moustique ponde chez moi que dans une soucoupe de jardinière oubliée dans un coin !

Les gens sont illogiques, parfois, j'ai bien du mal à les comprendre...

Vous allez voir : bientôt, on va dire que l'épidémie de palu dans le quartier, c'est ma faute !

samedi 27 août 2011

Naturellement... artificiel !

Je viens de recevoir, provenant de la maison Tetra (filiale du groupe de piles et de rasoirs Spectrum Brands) quelques échantillons de leur tout nouveau produit : TetraNatura.

Cette nouvelle alimentation pour poissons est annoncée à grand renfort de publicité comme une « exclusivité mondiale », qui serait « proche de la nature, proche des poissons » ! Intéressant, non ?
Je ne pouvais pas laisser passer ça ! 
Le prospectus joint reprend tous les poncifs du « naturel », depuis le motif papier kraft jusqu'au slogan : « biologiquement équilibré,,, naturellement » !

En voyant le petit sachet façon échantillon de ketchup de resto U, j'avoue que l'enthousiasme est déjà un peu refroidi. Mais ne nous fions pas aux apparences...

Le concept est évidemment de reprendre le succès de plus en plus net de l'alimentation naturelle et de la nourriture vivante, qui fait que les gens regardent les paillettes de leurs poissons en pleurant.
La gamme comporte ainsi des aliments aux artémias, aux vers de vase, aux algues Nori, aux cyclops. Tout ceci dans une mystérieuse « gel technology », qui en jette vraiment des tonnes.

Bref, me voici à imaginer des bestioles magnifiques baignant au milieu d'un gel transparent, un aliment sexy en diable produit par l'inventeur de l'alimentation industrielle pour poissons !

Mais, lors du test, c'est inévitable, il faut bien ouvrir le sachet.
Et là, l'horreur...

Je vois s'écouler du sachet qui annonçait « Bloodworm Mix » (vers de vase) une infâme mixture brunâtre, épaisse comme de la mauvaise pâtée pour chat, qui tombe un peu à la façon élégante d'une bouse de vache (naturelle, elle), dans mon aquarium.
Le machin chute lourdement et assez vite devant une bande de Xipho qui la regardent passer comme les vaches regardent passer un train , c'est-à-dire en s'en foutant visiblement...

Eux qui sont gavés de vraie nourriture vivante tous les jours de leur vie, faut pas trop la leur faire, hein !
A l'heure qu'il est, la vilaine pâtée pour poissons issue des machines de l'usine de la filiale petfood de Spectrum Brands repose au fond de mon bac, sans intéresser personne d'autre que deux ou trois aselles, et encore. J'espère juste que mes Xiphos n'ont pas fait caca dessus.

Je comprends la volonté des industriels de faire passer leurs produits pour des articles « nature » et de profiter ainsi de la vague porteuse, mais on pourrait attendre d'eux qu'ils fassent au moins un peu semblant.
Là, même pas !

Quel écart entre la publicité, le slogan, les visuels, la promesse et... la triste réalité du produit !

Je pense que je vais éviter cette expérience à mes poissons, et continuer à les nourrir naturellement, et pas avec du pseudo-naturel sur papier glacé, sortant de l'agence de pub et de l'usine Tetra.

D'autant qu'élever ses proies vivantes est à la portée de tous avec un kit d'élevage.
Ceux de mon fournisseur sont même utilisés en appartement, paraît-il...

Il me semblait que l'avantage de la nourriture vivante était qu'elle bougeait, qu'elle était fraîche, bon marché à cultiver soi-même... et voilà qu'on nous explique que ces proies sont meilleures broyées, inertes, transformées en pâtée, mises en sachet longue-conservation, et surtout vendues très cher en animalerie !

Le naturel, c'est tellement meilleur en tube ! 

Je sais pas vous, mais moi, j'ai légèrement l'impression que l'industrie nous prend pour des billes !


vendredi 26 août 2011

Soyons superficiels !


Il y a un élément absolument crucial dans la vie aquatique.
Ce n'est pas l'argent, ni le glamour, pas même la télé-réalité.

Non, la vie aquatique tourne autour de tout autre chose, qui la détermine presque entièrement.

Il s'agit de la surface.
La surface, cette chose qui n'existe pratiquement pas, puisqu'elle n'a ni épaisseur ni limite. La surface, c'est ainsi qu'on appelle l'interface entre l'eau et l'air.
Bien que parler d'interface fasse beaucoup plus intelligent, je trouve plus clair de dire que c'est « la partie de l'eau qui touche l'air ». Bon, c'est sûr que ça fait moins le type qui connaît tout, ça impressionne moins l'indigène... mais c'est carrément plus clair !

Eh oui ! L'eau « touche » l'air. Ils sont donc en contact et c'est là que se font absolument tous les échanges.
Les échanges de gaz d'abord : élimination du gaz carbonique et absorption de l'oxygène.
Mais aussi toutes sortes d'autres échanges qu'on n'imagine pas, et dont voici une petite liste (non exhaustive) dressée en quelques minutes avec l'aide de ma belle-mère, pour vous prouver que c'est vraiment à la portée de tout le monde :
  • insectes qui tombent à l'eau et se noient
  • insectes qui pondent dans l'eau, donnant naissance entre autres aux vers de vase
  • insectes et oiseaux qui font caca dans l'eau
  • pluie qui tombe
  • vent qui ride la surface
  • évaporation
  • refroidissement de l'eau par l'évaporation
  • réchauffement de l'eau par ensoleillement
  • apport d'œufs et formes résistantes de divers organismes (via les pattes d'oiseaux, etc.)
  • prédation des poissons (chats, hérons, etc.)
  • et tout et tout...

Il se passe donc une foule de choses en surface, sans cesse. La vie est là et pas au fond.

J'ai eu le bonheur hier d'apercevoir 7 Xiphos noirs dans un grand poubellarium, venant chercher les larves de moustique que je leur donnais. Je ne les avais pour la plupart pas revus depuis le mois de mai !
Une chose était très nette, et c'est une règle dans le monde des poissons : les plus gros se tenaient plus profond que les plus petits.
Dans le poubellarium d'à-côté, peuplé d'endlers, c'est encore plus flagrant : les dizaines (voire plus) d'alevins ne décollent pas de la surface, qui grouille d'animalcules dépendantes de la lumière, tandis que les adultes restent invisibles, cachés dans les profondeurs qu'ils affrontent plus aisément et dont l'obscurité les protège mieux.

En biologie, on étudie beaucoup les « phénomènes de surface », à tel point que je ne suis pas loin de penser que la vie, faite d'échanges, en dépend totalement.

Beau sujet de philo, tiens !

jeudi 25 août 2011

Voir la vie en vert !


Je cultive moi-même mon phytoplancton à partir d'une souche acquise voici quelques années chez mon fournisseur.

Le phytoplancton est constitué des fameuses algues microscopiques dont nous avons parlé récemment ici.

La culture n'est pas particulièrement difficile, mais elle est pour moi indispensable.

En effet, comme nous le disions, les bacs dont l'eau est très verte au printemps deviennent au fil des mois désespérément limpides, sous l'effet du zoo-plancton qui se nourrit de ces algues. A l'explosion de l'eau verte succède donc logiquement une explosion d'invertébrés qui constituent le zoo-plancton, qui sont eux-mêmes ensuite dévorés par les poissons. A un excès succède donc inévitablement un autre, et l'équilibre s'établit ainsi.

Mais mon objectif est de disposer toute l'année de zoo-plancton, délicieuses bestioles dont je nourris mes poissons. Il est en effet hors de question pour moi de leur donner la moindre nourriture industrielle en paillettes !

Et, pour cela, je dois compenser la disparition de l'eau verte qui leur est indispensable.

D'où cette culture qui me prend peu de place et qui exige peu de moyens.

C'est beau, c'est vert... on en boirait !
Une telle récolte me permet de faire tenir plusieurs jours mes daphnies, qui en profiteront pour se multiplier et prendre cette merveilleuse couleur rouge que leur donne le plancton de qualité.

Miam-miam !

mercredi 24 août 2011

Feuilles d'automne...


Dans la nature, les cours d'eau sont jonchés de feuilles mortes.
A l'automne, pas de filet ni de couvercle au-dessus des ruisseaux forestiers, rien pour empêcher des milliers de feuilles de se déposer au fond de l'eau.

Nos aquariums traditionnels sont protégés de ce type de phénomène. Le fond de sable y reste propre toute l'année, tout au plus y voit-on de temps en temps la feuille d'une plante aquatique terminer sa vie mangée par quelques escargots ou quelques crevettes.

En aquariophilie naturelle, évidemment, ce phénomène est observé avec intérêt, comme une opportunité de se rapprocher encore davantage de la réalité.

Personnellement, je parsème régulièrement mes aquariums de feuilles mortes récoltées à l'automne et conservées toute l'année dans ce but.
Elles servent ainsi de nourriture à toutes les bestioles dont mes bacs regorgent, et introduisent dans l'aquarium tous les éléments qui peuvent lui manquer.

En effet, l'eau du robinet n'est pas l'eau de la nature. Il lui manque par exemple le fer, redouté par les compagnies des eaux et retiré systématiquement. Et que dire des dizaines d'oligo-éléments que l'aquariophile rajoute ensuite dans son eau à grand frais, à l'aide de produits divers que lui fournit l'industrie ?

La feuille morte, elle, contient tout cela sans forcer ! Elle est un organisme complexe, contenant tout ce qui est nécessaire à la vie.

Je donne donc ces feuilles à mes bestioles, qui les dégradent, les transformant en dentelles magnifiques, les nervures semblant plus coriaces que le reste du limbe. Et, ainsi, tout ce que contiennent ces feuilles s'intègre dans la chaîne biologique de l'aquarium !

Mais, surtout, je ne peux vraiment pas résister à l'aspect sauvage des bacs ainsi obtenus. Enfin quelque chose qui ressemble vraiment à un fond de mare naturelle, grouillant de vie, jouant avec la lumière tamisée, offrant des milliers de cachettes aux bestioles qui y vivent !

Dans ce genre de bacs, je mets de temps en temps des alevins, qui profitent de l'incroyable richesse biologique et chimique de l'éco-système sans toutefois risquer de décimer les troupes miniatures qui y vivent.
Je peux vous dire que ces alevins-là auront eu une enfance de rêve !

lundi 22 août 2011

Moustique... et antimoustique !

La nourriture vivante est incomparable pour sa valeur nutritive et sa variété sans égale.
Comment accepter de donner encore des paillettes industrielles à ses poissons quand on les a vus redevenir eux-mêmes en poursuivant une larve d'éphémère ou de moustique, en affolant un nuage de daphnies, en débusquant un lombric aquatique ?
Nos poissons sont de petits prédateurs, c'est ainsi. Et les transformer en mangeurs de pâtés pour chat ne correspond pas à leur nature.

Mes poissons ignorent totalement l'existence de la nourriture industrielle, qu'elle soit en paillettes, en poudre, en tube, ou en comprimé. Pour eux, la nourriture, ça gigote ! Sinon c'est berk !

Nourrir mes pensionnaires fait donc partie intégrante de mon plaisir d'aquariophile. Ce n'est pas une corvée, bien au contraire. Mon fils tient particulièrement à venir avec moi « donner les bestioles » aux poissons et sait toutes les reconnaître !

Les beaux jours sont de ce côté-là un plaisir, puisque la nourriture vivante est alors pléthorique et disponible en pagaille au jardin ! L'hiver, je me rabats sur mes élevages d'intérieur et mes poissons se régalent d'autres proies.

Seulement, cette manière de nourrir, la plus « bio » qui soit, présente quelques inconvénients...
Pour preuve, cette photo des quelques bestioles qu'on ne peut empêcher d'envahir la fish-room quand quelques larves de moustiques parviennent à échapper à l'appétit des poissons !

De magnifiques moustiques adultes, que mon épouse adorerait certainement... si je lui en avais révélé l'existence. Pour l'instant, elle ne se doute de rien !

Bien sûr, hors de question d'avoir recours à la guerre chimique, prohibée par la Convention de Genève et très dangereuse pour les poissons qui détestent l'insecticide !
Il faut donc avoir recours à la lutte biologique.

J'ai donc téléphoné à Dame Nature (j'ai son portable) qui m'a aussitôt envoyé des troupes, dont voici un spécimen.


Cette bestiole très active, aidée par quelques dizaines d'autres, est un véritable piège à moustiques ! C'est une petite araignée très commune dans les maisons que l'on appelle un Pholcus. On la reconnaît à ses grandes pattes filiformes et à son habitude de se mettre à tourner à toute vitesse sur elle-même pour échapper à notre vue lorsqu'on s'approche de trop près.
Un Pholcus, c'est mignon comme tout, c'est câlin, c'est attachant... et ça permet de faire de l'aquariophilie naturelle sans divorcer !

Chouette, non ?

vendredi 5 août 2011

Eau calme, no stress !

Comment peut-on expliquer que les poissons élevés en aquariophilie naturelle soient aussi résistants à des paramètres qui, en aquariophilie traditionnelle, peuvent les tuer ?

Nous aurait-on menti ?

Ou l'aquarium naturel transformerait-il les poissons en super-poissons ?

En vérité, je vous le dis (j'aime bien parler comme ça!), c'est un peu des deux !

Il est vrai que le meilleur moyen de vendre le nouveau-produit-qui-fait-Papa-Maman, c'est de culpabiliser le client en lui affirmant que ne pas l'acheter, c'est tuer ses poissons ! Un vendeur d'animalerie m'a fait le coup récemment alors que je lui achetais le lapin nain de mon fils : avant même de nous donner le lapin, il nous avait déjà rempli le panier de toutes sortes de produits. Devant notre méfiance, il a même menacé : dans ce cas, je ne vous garantis pas le lapin !

- Ah bon ! Parce que, si je prends ça, vous le garantissez, le lapin ?
Silence...
On n'a pas pris le produit, et notre lapin nous fait quand même des crottes impeccables, qu'on pourrait jouer aux billes avec !
Alors, pas de doute. Il y a bien un peu de chantage à la culpabilité dans le discours aquariophile traditionnel :

- Attention, si tu ne reconnais pas mon statut d'expert, tu vas au-devant de graves ennuis. Si tu oses croire que les choses sont simples et que tu peux donc te passer de moi, les portes de l'enfer vont s'ouvrir !
C'est d'ailleurs très exactement le discours qui sévissait lors des débuts du mouvement poubellarium en 2004. On nous a même menacés de procès sur certains forums aquariophiles ! Rien de moins !

On le voit bien, le discours de la complexité est un peu excessif, à dessein, chacun y trouvant un peu son compte.

Mais il n'en reste pas moins que cela n'explique pas tout. Achetez un guppy demain en animalerie et placez-le progressivement dans une eau à 11°C, comme celle dans laquelle j'ai repêché autrefois la Pépette à l'automne, et votre guppy ne vous dira pas merci ! Il va mourir sans grand suspense, évidemment.
Pourquoi cette différence ?
Bien sûr, il y a la progressivité des changements de température naturels, mais pas toujours. Entre une journée chaude de juillet et la nuit fraîche qui suit due au ciel sans nuages, le changement est assez brutal et d'une forte ampleur.

Au bout de plusieurs années d'expériences de dizaines de membres du mouvement intersidéral du poubellarium, je pense pouvoir esquisser une réponse.

Il est établi, pour l'homme comme pour l'animal, le phénomène de l'effet cumulatif des stress. Tel stress qui est agréable (une caresse), perçu comme positif en temps normal, devient insupportable et source d'inconfort si d'autres stress sont déjà présents (venir me caresser quand je viens d'avoir la banque au téléphone).
On sait également que le stress de trop peut carrément être fatal. On peut mourir de stress, et les oiseaux comme les poissons y sont particulièrement prédisposés.

Dans un aquarium, les sources de stress, si on essaie de se mettre pour une fois à la place du poisson, sont nombreuses : bruit du filtre, parois transparentes, observation par les humains, surpopulation systématique, « odeur » insupportable (ça doit puer, un aqua, de dedans!), lumière artificielle, scintillante, allumée et éteinte brusquement, nourriture groupée en un seul ou deux énormes repas, ennui, etc. Tout concourt à affaiblir terriblement les poissons et oblige effectivement à les maintenir dans des conditions quasi-cliniques, tant ils sont devenus vulnérables.

Dans un poubellarium, c'est l'inverse : rythme jour-nuit naturel et progressif, pluie qui tombe, vent sur la surface, repas innombrables et répartis, densité de population plus faible, parois opaques, humains invisibles, silence, bestioles de toutes les marques et pas seulement de marque Tetra ou Sera, etc. Bref, le niveau de stress est faible, et on peut parier qu'une variation de température en devient agréable, voire « un truc marrant » pour les poissons.

On peut résumer ce phénomène des stress cumulatifs par l'image du vase pour qui chaque goutte est acceptable, sauf celle de trop. Mais c'est aussi la faute des précédentes, et pas seulement de la dernière !

La notion de stress, que nous mettons fortement en lumière avec nos poubellariums, mériterait, je crois, de plus amples recherches. L'aquariophilie a en effet sûrement beaucoup à y gagner et à y apprendre.

jeudi 4 août 2011

L'eau verte, est-ce un drame ?

En général, l'eau de nos poubellariums verdit au printemps jusqu'à devenir presque opaque.
Ce phénomène est bien connu des aquariophiles à qui on a appris que c'était un drame annonçant la fin du monde, ce qui permet de leur vendre aussitôt un produit « anti-eau verte » de chez Zinzin qui va marcher ou pas, mais va de toute façon faire assez de dégâts pour que le commerçant vous revoie rapidement avec un nouveau problème. De produit en produit, de conseils éclairés en conseils éclairés, combien de personnes se sont découragées devant une science qui leur paraissait insurmontable et qui engloutissait tout leur budget sans résultat !

Un peu comme la mousse dans le gazon : ou on s'arrache les cheveux à la retirer tous les ans, ou on apprend à s'en désintéresser, et on passe plus de temps à rêvasser couché dans l'herbe !

L'eau verte est gênante en aquarium parce qu'elle empêche de voir ses poissons, et que si les aquariums sont en verre, c'est quand même un peu pour voir ce qu'il y a dedans ! Mais aussi parce que cette eau verte est en réalité une suspension de millions d'algues minuscules, souvent unicellulaires, que l'on appelle le phytoplancton quand on veut faire son malin qui s'y connaît.
Ce sont donc des matières organiques qui, si elles venaient à toutes mourir d'un coup, pourraient effectivement polluer en se décomposant plus que le pauvre aquarium ne saurait gérer.

En aquariophilie naturelle, on raisonne autrement. Le fait de voir les poissons comme si on était dans leur salle de bains revêtant moins d'importance, on relativise plus facilement. D'autre part, le système biologique installé est censé pouvoir faire face à la disparition soudaine de ces algues. D'ailleurs, c'est généralement ce système qui les fait disparaître lui-même.

Dans la nature, le phytoplancton est mangé par le zooplancton, c'est-à-dire les bestioles les plus petites. En aquarium, ce zooplancton est presque inexistant. Mais dans nos bacs naturels, il est nombreux. Le premier et le principal représentant du zooplancton, c'est la daphnie. Une daphnie, c'est très con, ça aura sûrement pas son baccalauréat avant un bon moment, mais ça mange beaucoup, beaucoup de phytoplancton. Comme une vache broute de l'herbe. À tel point que le meilleur moyen de lutter contre l'eau verte en aquarium est tout simplement d'y placer un filet avec des daphnies ainsi protégées des poissons, et de les laisser bosser gratuitement. Mais ça, le vendeur de l'animalerie a une tendance assez constante à ne jamais le dire !

Bien sûr, il y a aussi, les larves de moustiques, d'éphémères, les cyclops, de nombreux infusoires et protozoaires, les vers de vase, etc. Tout le monde mange cette eau verte.
Donc, dans nos poubellariums, je me suis mis à aimer l'eau verte, à la désirer. D'abord parce qu'elle permet à mes poissons de se cacher. Je ne les vois plus, mais je les sens libres et heureux !
Mais aussi parce je sais que cette eau verte est le premier maillon saisonnier d'une chaîne de la vie qui va durer jusqu'à l'automne.

D'ailleurs, dès juillet, l'eau est en général redevenue limpide, au grand désespoir des poissons qui ne peuvent plus se planquer (n'oublions pas qu'ils sont tout nus !). Les daphnies, quelques semaines plus tard, se raréfient à leur tour, leur fourrage ayant disparu... et le règne des animaux supérieurs (les poissons, hein, pas nous...) s'installe. Et là, il faut souvent que nous nourrissions un peu, puisque notre équilibre naturel est imparfait, notre espace étant finalement très restreint.

Imaginez un Combattant se baladant dans sa rizière boueuse natale, à l'eau bien verte...

Et rêvez devant votre petite poubelle d'eau verte, avec ses deux nénuphars et son pied d'iris d'eau... Imaginer son poisson peut être aussi jouissif que de le voir, non ?


Les daphnies sont disponibles chez Aquazolla !

... et également le Booster Daphnies, que je recommande pour l'élevage des daphnies (il contient de la spiruline).

mercredi 3 août 2011

Un aquarium pour contemplatifs !

Qu'est-ce qui différencie autant l'aquariophilie naturelle de l'aquariophilie traditionnelle, avec son cortège de changements d'eau, nettoyage de filtre, mesure des paramètres, etc. ?

Eh bien, comme dirait l'autre, la réponse est contenue dans la question !

En aquariophilie traditionnelle, on agit énormément. Certains psys diraient qu'on est le démiurge de son petit monde que l'on souhaite à tout prix maîtriser. Et, surtout, maîtriser soi-même !

D'où la grande place des experts en ceci ou cela, qui donnent les moyens d'en savoir toujours davantage, pour verrouiller le système au plus serré.
D'une certaine façon, un poisson n'a presque pas le droit d'être heureux si ce n'est pas grâce à vous !

L'aquariophilie naturelle, comparée à cette approche, relève bien plus du « laisser-faire ». On ne maîtrise pas grand-chose, ou en tout cas on ne se consacre pas à la maîtrise du système qu'on installe. D'ailleurs, bien plus que l'installer, on lui permet d'exister, puisqu'il s'installe presque seul.

On est tout surpris d'y trouver des bestioles qu'on n'y a jamais mises ou des manifestations naturelles inédites. Alors que ces imprévus génèrent en aquariophilie traditionnelle de l'inquiétude, voire de l'angoisse, ils ravissent le propriétaire d'un bac naturel ou d'un poubellarium.

Dans un cas, on est fier de pouvoir citer les paramètres de son eau et les performances de son installation et de son appareillage, de montrer à quel point la réussite de telle ou telle maintenance dépend de soi. Dans l'autre, on invite ses amis à regarder et à passer un moment agréable au contact de ce morceau de nature.

Dans un cas, on se satisfait de l'action en elle-même plus que de son résultat.
Dans l'autre, on a une démarche assez contemplative, on souhaite être spectateur d'un petit spectacle dont le scénario nous réserve des surprises.

Bref, l'aquariophilie naturelle est une bénédiction pour les fainéants et la hantise des hyper-actifs !

N'oublions d'ailleurs pas que c'est un des plus grands naturalistes et éthologues, Konrad Lonrenz, qui expliquait que la paresse était la plus grande qualité de celui qui veut observer les animaux et la nature, tant leurs rythmes sont lents. La patience est plus aisée pour un paresseux que pour un actif.

L'aquariophilie naturelle, et encore plus la poubellariophilie, seraient-elles un nouvel éloge de la paresse ?

lundi 1 août 2011

Qu'est-ce qu'un poubellarium ?

Voici ce que l'on appelle un Poubellarium.
Celui-ci est un poubellarium 5 étoiles, bien sûr, on peut faire bien moins cossu.
Il s'agit en réalité d'un récupérateur d'eau de pluie en plastique de 300 litres détourné de son usage. Il a été rempli d'eau du robinet voici des années.
Aucun changement d'eau n'y a jamais été fait, juste un complément en eau du robinet de temps en temps, les pluies ne suffisant pas à compenser l'évaporation. Le risque de débordement souvent craint par les débutants est donc quasi-nul.

Au fond, on trouve ce que nous appelons désormais sur notre forum Poubellarium.fr (en travaux actuellement) du "Crapapouët". Il s'agit du terme scientifique désignant la couche dégueu au fond qui se dépose au fur et à mesure de la décomposition des matières organiques. Un mauvais Crapapouët pue l'œuf pourri. C'est signe qu'il a évolué sans oxygène et a produit du sulfuretum, forme réduite obtenue à partir du soufre. Ce mauvais Crapapouët peut être mortel pour les poissons. Un bon Crapapouët ne sent pas mauvais, à la façon d'un bon compost. Il a pu être oxydé et est plein de vie. Il sert à ensemencer d'autres poubellariums en leur transmettant la vie (j'aime bien l'expression !). Notons que la présence de bestioles favorise justement son oxygénation, le brassage de l'eau par de simples daphnies n'étant pas négligeable à lui seul.

Dans ce poubellarium évolue un nombre indéterminé (oublié) de Xiphos noirs qui y ont été placés encore petits. Un récent coup d'épuisette a remonté un splendide mâle aux couleurs magnifiques, porteur d'une belle épée orange. Ils évoluent au milieu des tiges de nénuphar (un pot posé au fond !), des nuages de daphnies jamais exterminées, des larves de moustiques, et des plantes flottantes : lentilles d'eau, Pistias et Ceratophyllum demersum.

L'eau n'y est transparente que depuis peu ; les Xiphos pouvaient encore début juillet se cacher sous une eau bien verte !
Bien sûr, j'ignore tout des paramètres physico-chimiques de cette eau, puisque je ne les relève qu'une fois tous les 70 ans. Les Xiphos ont l'air contents, vu leur vivacité et leurs couleurs qui ne mentent pas... alors pourquoi irais-je leur gâcher leur plaisir en leur annonçant que le pH est mauvais et qu'il devraient théoriquement être morts à cause d'un taux trop élevé de ceci ou cela !
Le Poubellarium consacre une approche systémique de l'aquariophilie, contre l'approche analytique traditionnelle. L'approche systémique considère le système comme une "boîte noire" dont on ne cherche à connaître que les intrants et les résultats. Cette approche convient particulièrement aux systèmes biologiques puisqu'elle permet de faire face à la complexité. Mais nous en reparlerons ici-même !

En attendant, rêvons un peu au bord de ce quasi-bassin, en imaginant des poissons que l'on ne voit plus, et en jouissant du plaisir de les savoir heureux !