jeudi 21 décembre 2017

Aquarium naturel mode Mattier

C'est aujourd'hui son anniversaire !
Ça fait pile un an qu'il est en eau. Un beau bébé de 120 litres, tout naturel !

Pour le salon, forcément, il fallait un truc présentable. Hors de question que je ramène mes bacs en plastique avec des machins qui flottent, je me serais fait tuer. Le labo à Mattier, c'est pas vraiment l'idée que tout un chacun se fait d'un aquarium, faut reconnaître...

J'ai donc acheté un vrai aquarium en décembre 2016, modèle standard de 120 litres, avec tout de même l'idée d'y appliquer les principes de l'aquariophilie naturelle telle que je la conçois et pas telle que je la vois ailleurs (pas toujours si naturelle que ça!).
Ce que j'entends par aquariophilie naturelle, c'est non seulement du low-tech (puisque le mot est à la mode), mais surtout l'acharnement à laisser la main à la nature et à sa complexité pour établir un équilibre stable et donc un petit écosystème résilient. Pas un bac qui n'aurait de naturel que le nom, entièrement dédié à une esthétique artificielle, avec un humain qui s'efforce de tout maîtriser avec juste comme contrainte d'éviter la technologie.
La vraie aquariophilie naturelle selon moi, c'est de laisser le plus possible la nature guider l'ensemble, réellement.
Bon, en vrai, c'est surtout un truc de fainéant, puisqu'on passe ainsi plus de temps à contempler, observer, réfléchir, apprendre, qu'à agir. Ce qui convient très bien à mon tempérament ultra-sportif !

En même temps, c'était pour moi un projet clandestin : en faisant semblant de décorer mon salon, je faisais mes petites expériences, je notais mes observations, mais tout ça en secret, hein...

Donc, décembre 2016, installation du bac :
  • sable de chantier à 2 euros le sac de 40 kilos (lourd... mais pas cher). Rapidement rincé en seau pour éliminer les particules les plus fines, argile, etc.
  • installation d'une rampe avec tube néon 1er prix à 6,95 euros (tube compris). Le truc de base de 1,20 mètres, 36W. Juste les précautions élémentaires pour éviter tout contact entre eau et électricité, le couvercle un peu rabattu dessus et on voit rien ! La rampe dépasse de l'aquarium de 20-25 cm, et éclaire donc pour le même prix le coin du canapé où je m'installe courageusement (avec mon café) pour effectuer mes observations scientifiques au nom de la science, de l'humanité et pour la France.
  • remplissisation de la bête avec l'eau du robinet (très dure chez moi) sans autre forme de procès. Ma seule précaution sera ensuite de compenser l'évaporation avec de l'eau de pluie. Aucun changement d'eau depuis un an.
  • largage immédiat d'aselles, d'ostracodes, de quelques Blackworms et de mélanoïdes qui apportent gratuitement tout leur microbiote (des millions d'espèces de bactéries, virus, champignons et levures) et lancent ainsi tous les cycles biologiques (et pas que l'azote !). Jetage simultané de quelques dizaines de grains de riz paddy pour bourrer encore plus le milieu de bactéries et infusoires divers. Un seul but, une seule obsession, un seul principe : une biodiversité maximale tout de suite.
  • aucun filtre, aucun bulleur, aucune pompe, juste un petit chauffage réglé sur 20°C pasque il caille chez moi rapport que j'ai pas de sous en ce moment.
  • mépris absolu de toute notion de cyclage, autant pour énerver les grands experts que parce que la notion de cycle de l'azote relève de la superstition dans un aquarium aussi riche en biodiversité dès le départ.
  • commandage immédiat des futurs habitants, qui seront des crevettes Neocaridina davidii « Black roses », belles et pas chiantes (Mauricette ! Pose immédiatement ce rouleau à pâtisserie !). Reçues et introduites la semaine suivante, parce que NTM le cycle de l'azote.

Côté plantes, j'ai jeté en vrac des brins de mousse de Java, de la Najas, des micro-boutures de myriophylles et de ceratophylles, et en surface, seulement des Pistias pour ne pas entraver la lumière au début. Ces plantes sont là dès le début parce que la concurrence avec les algues pendant les premiers mois étant rude, autant qu'elles aient un peu d'avance !

Tout ce qui apparaîtra d'autre par la suite n'aura été introduit que très involontairement et clandestinement, avec l'eau de pluie, sur une épuisette ou la peau d'une main mal rincée. Il s'agira notamment de planaires, de deux autres espèces d'ostracodes et d'une espèce de minuscules daphnies.

La suite pourrait apparaître comme le long établissement d'un équilibre naturel par tâtonnements du hasard. En réalité, il faudrait plutôt parler d'équilibres successifs, aucun n'étant jamais définitif. L'équilibre d'un écosystème n'est que le résultat très temporaire des rapports de force et coopérations entre les milliers d'espèces qui le composent et les conditions du milieu.
Les premiers mois, nous avons eu une poussée très rapide des algues filamenteuse, qui ont constitué un rideau continu du sol à la surface. Je les poussais juste contre le fond pour laisser un peu de place et de lumière à l'avant. Les filamenteuses ne sont pas un problème, mais une solution : elles consomment des éléments que les plantes ne sont pas encore en mesure d'exploiter. Si on accepte de changer de point de vue, elles sont décoratives quand on les laisse devenir massives et peuvent même former le volume d'un décor. Dans la nature, elles sont omniprésentes. Il faut savoir ce qu'on veut, on ne fait pas du naturel en couvrant tout de lino !
Puis l'eau est devenue verte (au printemps 2017) pendant environ deux mois. De très petites daphnies sont apparues à cette occasion et ont contribué, avec le reste de la faune présente, à exploiter cette ressource, la recyclant ainsi au profit des plantes.
Puis, dès le mois d'avril, l'eau est devenue totalement cristalline et l'est restée depuis.
Les algues filamenteuses régressent très progressivement au profit de la mousse de Java. La masse totale du coussin végétal reste globalement la même, mais sa composition se modifie en faveur de la mousse et en défaveur de l'algue. Personnellement, je m'en fiche, tant que ça me fait un bon volume de verdure dans l'aquarium !

Aujourd'hui, le bac est d'une eau limpide, très peuplé de crevettes qui ont envahi largement le bac. Leur nombre reste constant à un niveau élevé. Les petits planaires apparus en septembre ont peut-être régulé leur multiplication. C'est la vie et c'est le prix à payer pour que l'aquarium vive sa vie sans intervention humaine.
Les Blackworms sont en ce moment très nombreux.
Les daphnies avaient disparu totalement depuis plus de 6 mois, mais un petit nuage bactérien ayant fait son apparition depuis une dizaine de jours, une éclosion massive de daphnies s'est faite ! Elles sont absolument minuscules et sont certainement là en réaction à l'apparition soudaine de nourriture.

Les plantes ne sont pas particulièrement luxuriantes, puisque je n'introduis pas de matière organique du tout. La seule nourriture que je donne, non pas aux crevettes mais au milieu, est une croquette pour chien chaque semaine... à partager entre tous les composantes de l'écosystème ! Rien de plus. Donc pas crevant, pas cher, pas compliqué et pas suffisant pour polluer.

C'est donc le parfait aquarium de fainéant, sympa à regarder, changeant au fil des mois (il se passe toujours quelque chose), pas fatigant pour deux sous. Juste un ou deux seaux d'eau de pluie à porter de temps en temps pour refaire les niveaux, mais à 20°C, ça s'évapore pas vite-vite !

Finalement, cet aquarium résume un peu ma philosophie de l'aquariophilie naturelle, assez éloignée de ce que je vois parfois sous ce nom un peu fourre-tout. C'est un changement complet de paradigme. On ne peut pas vouloir des tomates totalement naturelles et continuer à exiger qu'elles tiennent un mois sans pourrir. Lutter contre la nature pour la plier à nos schémas, même sans technologie, ce n'est pas vraiment de l'aquariophilie naturelle. On passe alors trop de temps à intervenir pour régler les déséquilibres qu'on a soi-mêmes provoqués en intervenant, et pas assez à observer, juste observer.


La logique durable, c'est celle-là, puisque je n'ai jamais à faire face au moindre déséquilibre. La résilience du milieu est totale, et il est à même de se réguler lui-même, dans le sens de la préservation globale de la vie en son sein.

La paresse est une qualité, je l'ai toujours dit !



Suite à quelques demandes, les bestioles citées (daphnies, ostracodes, Blackworms, aselles et autres) sont disponibles chez www.aquazolla.com

7 commentaires:

Christophe a dit…

Je tente de faire la même mais avec des poissons. Du coup, pour la micro-faune, elle est très très très discrète (ou dévoré).

Merci a toi de nous faire partager tes expériences.

David a dit…

Magnifiquement naturel... Cela donne envie de créer un bac naturellement naturel...
Merci pour le partage

Anonyme a dit…

Aaaaah.... Quel plaizir de te lire!
leo

Yann-Aël a dit…

Bonjour à tous,

Où pourrais-je trouver des ostracodes, des aselles et des blackworms ?
Les envois sont possibles via la poste ?
Sinon, je suis en Bretagne.

Merci pour votre réponse.

Yann

Administrateur a dit…

@Yann
Tout pour l’aquariophilie naturelle se trouve chez Aquazolla.com
Ostracodes, aselles, Blackworms, daphnies, etc.

Nort Crusader a dit…

Que des melanoides en cagouilles? Même pas un petit neritina, un ptit planorbe?

Anonyme a dit…

Help !
j'ai besoin de conseils !

J'ai adopté il y a quelques mois, deux axolotls. Kesakooooooo ? Pour faire court, ce sont des amphibiens d'eau douce et froide vivant naturellement dans un lac mexicain, dont l'aspect se situe quelque part entre l'extra-terreste et la grenouille.

N'écoutant que l'internet et les grands chantres du Grand Dieu "PARAMETRES", je les ai installés dans un aquarium après rodage filtration etc etc. Mon souci est que ça ne correspond absolument pas à mes convictions, ni ma manière d'appréhender la nature.
Je veux donc les installer dans un aquarium naturel ! Je vous ai découvert ! merci !
J'ai cependant besoin de conseils. Evidemment, j'imagine que vous n'êtes pas spécialiste des axolotls (je le déplore, croyez-moi, vous gagneriez à connaître ces animaux :-P)

Est-il possible selon vous d'installer mes loulous immédiatement après une mise en eau ?
Ce dont j'ai besoin, c'est de savoir comment installer les plantes, je n'ai jamais fait de bac naturel. Ça m'intrigue ces plantes hors de l'eau. Elles sont installées sur quel support ? Comment interagissent-elles avec l'eau ? Il y a contact quelque part entre le milieu aquatique et le milieu aérobie ?
Enfin question primordiale... Quelles sont les "bêbêtes" indispensables a introduire avant la mise en eau qui pourraient être le plus fidèle possible à une population de lac ?

Je suis désolée ça fait beaucoup de questions, j'espère que vous voudrez bien m'aider.

A bientôt. Celine